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Antique Souffle.

Source: Luc 22,43


Il existe un Ange qui fortifie. J'ignore son nom, mais il faudra que je le lui demande.

J'ai rendez-vous.

Ils sont sur la place à m'attendre. À la terrasse d'un café.

J'aurais pu leur demander de venir ici, mais je crois qu'ils préfèrent les rendez-vous.
Je crois qu'il viendra. J'en suis presque sûr parce que je comprends ce que signifie 'rendre fort', je sens ce que cela signifie. Je suis donc certain qu'il me connaît.

J'emporte avec moi l'Antique Souffle.
C'est un bijou.

Un très petit bijou: moins de trois centimètres.

La terrasse du café est ombragée, de grands arbres lui apportent une fraîcheur apaisante. Ils sont là, assis devant des tables vides. Ils sont venus nombreux. Peut-être une douzaine. Je les trouve beaux.
Je ne les vois pas cependant: je ressens leur présence comme je ressentirais la tienne si tu étais en face de moi.
Lorsqu'ils m'aperçoivent, aucun ne bouge. Ils me font la grâce d'un vrai rendez-vous. Alors je rentre dans le halo, qui sous l'ombre, inonde doucement leurs tables et je m'assieds avec eux.

Il n'y a ici personne d'autre qu'eux et moi.

Je le reconnais immédiatement. Il est en face de moi. Je lui explique que je mène une sorte d'enquête et que j'ai besoin de connaître son nom. Un mot de couleur jaune pâle au centre et vif autour me traverse l'oreille.

Quelque chose a fait pivoter la place sur elle-même. Nous sommes dans le jardin des Oliviers avant l'arrestation. Il est question d'une coupe dont Il demande à ce qu'elle s'éloigne de lui. J'ai cru qu'il s'agissait d'une coupe pour boire une sorte de lie de douleur et de peine. Mais il s'agissait d'huile pour oindre celui qui avait été choisi. Et l'ange, c'était toi.

Regarde, je t'ai apporté ce bijou de chair et d'eau. C'est un très vieux crucifix. Ceux qui l'ont aimé avec attention ont pu voir sa poitrine se soulever, mais à l'instant où tu perçois sa douleur, il rend son dernier souffle. C'est-à-dire qu'il fait le lien entre ta mort et Dieu.

J'ai posé le bijou sur la table. Dans la pénombre ouatée des arbres, il dégage une sorte de brillance qui ne semble venir que de lui-même.

L'ange qui fortifie. Une onction d'Esprit.
Puisque je connais ton nom, j'ai un nouvel ami désormais.

Il sourit en devinant ma pensée. Son sourire semble signifier qu'il comprend ce que veut dire 'avoir un ami' pour moi tout en me disant que cela n'a pas le même sens pour lui.
Il regarde l'Antique Souffle. Je sais que lui ne le voit qu'expirer puis renaître. Sa main se tend vers le bijou. Il le prend et le regarde. Sur la table, à la place où il était posé, il y a une tache d'huile. Je prends un mouchoir en papier et j'éponge cette huile.

Il y a comme un frisson de lumière qui les traverse tous. Ils ne font qu'un. Ils disparaissent, emportant avec eux mon précieux bijou. Je me retrouve donc avec une bénédiction enfermée dans un mouchoir en papier. C'est peu de chose que l'être humain tout de même. Mon rendez-vous se termine ainsi. J'ignore ce que cela signifie. Je ressens juste au bout des doigts qui ont touché l'huile, une espèce de chaleur, douce, forte et apaisante, qui ne me quittera plus jamais.