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Avé Maria

Source: Luc 1,28


Cette cathédrale gigantesque, je l'ai bâtie seul. Mais pas une once d'orgueil n'a joint ces pierres, juste de la folie. Et si ma vie avait dû durer mille ans alors il m'aurait fallu mille années pour la bâtir, mille années pour délayer la chaux de mon ombre à l'eau de ta lumière. Pourtant c'est en bien moins de temps que j'ai effectué ce travail de titan. J'ai pris des risques pour y parvenir. Cette œuvre m'a blessé, elle s'est nourrie de mon sang et de mon esprit qu'elle a habité d'une folie obsédante. Elle s'est nourrie de toute la vie disponible autour de moi. C'est pourquoi elle est sise en plein milieu de nulle part, dans un lieu incompréhensible à l'imaginaire des autres hommes. Mais je l'ai faite pour toi.

Et c'est ainsi qu'avant de disparaître, je te salue, merveilleuse petite Marie.

Mon goût pour la transcendance, mon amour des belles choses, la folie qui a rongé mes rêves, toutes ces drogues dures distillées par l'esprit m'ont aidé à tenir. Mais elles n'ont plus aucune importance, n'étant qu'illusions.

J'ai tenu, j'ai construit, j'ai bâti.

Maintenant je m'apprête à mourir en laissant mon corps aller à la poussière.
Dans l'humilité et le don.
Ne reste plus que cette poignée de prière et de pierre que mon amour sème vers toi. C'est le don de tout mon amour que je te fais, de toute ma force. Ma richesse véritable de simple mortel. Tous ces soleils qui ont brillé dans mon esprit, qui l'ont brûlé, mais qui aussi l'ont réchauffé, sont pour toi. C'est l'héritage que je te laisse. Car je n'ai plus d'autre héritier que toi, le destin m'ayant pris tous les miens.
Comme cette cathédrale lorsqu'elle sera redevenue poussière, l'amour qui a hanté ma lumière, bien après ma mort, continuera à prier vers toi. Parce que j'ai mis toute ma liberté au service de cet amour.

Toi.

Je sais quel est le don que tu me fais.
Plus haut que la flèche de cette église, il y a le bleu du ciel. Et le bleu du ciel, c'est l'autre nom de l'infini. C'est là qu'est ton regard lorsque je désire être vu. J'ai regardé vers toi pour être vu.
Et tu as regardé.
Tu as regardé avec attention.

Pleine de bénédictions, pleine de Grâces.

Dans l'intense densité de tes yeux, je sens se dissoudre mon regard.
C'est comme si l'univers entier réécrivait mon nom au fond de mes yeux.
Un mot sans fautes, si tu le prononces.
Un nom enfin apaisé.

Je te regarde aussi,
je ne pense plus.
Tu viens d'effacer l'univers.