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Cornucopiae

Source: Luc 24,13-31


Un jour j'appellerai par ton Nom tout ce qui me manque dans l'univers.
À tous ceux que j'ai chéris et qui s'en sont allés en laissant dans mon esprit un vide imprononçable, je donnerai ton Nom.
Ainsi, en l'écrivant dans les empreintes laissées par ces absences, des fleurs y fleuriront.

Et puisqu'elles porteront ton Nom, ta vie et ta lumière s'y déposeront.
Alors ma nuit chétive se fanera et ses fleurs d'ombre exhaleront les parfums des joies disparues.

Lassé du chaos, mon esprit délité se recroquevillera. Mais lorsqu'il sera mort, les rêves qui l'ont porté continueront à s'étendre.
Alors peut-être leur permettras-tu de se blottir au creux de ta main.

Puis viendra ce temps où j'aurai été et où toi seul en conserveras le souvenir.
Je n'existerai plus que dans ton Esprit, telle une étincelle babillant dans ta lumière.

Alors, par ta Grâce, je me souviendrai de la manière dont tout cela est arrivé.

Ce n'était pas un ciel normal que celui qui s'étendait au-dessus de nos têtes. C'était un ciel livide et pâle qui s'étiolait avec une langueur assassine. Un ciel bleu et fade, d'une monotonie harassante. Il nous montrait la beauté du monde alors que nos yeux venaient juste de voir la mort. Il semblait tout à la fois grandiose et inutile, majestueux mais hostile, immense et insignifiant.
Il soulignait d'un bleu sans fin notre agonie.

Nous marchions. Il y avait elle et il y avait moi. Et dans nos cœurs notre enfant mort.

Nul ne peut connaître les raisons qui t'amenèrent à dessiner ton Nom dans nos esprits. Mais à un instant donné, tu écrivis des songes sur nos sens . Je me souviens désormais de ce que furent ces songes.

L'enfant, une splendeur à tes propres yeux, n'était plus. Son âme t'avait été rendue. Nos oreilles jamais plus ne l'entendirent, mais tu les laissas percevoir le bruit sourd que l'infini fait ici-bas lorsqu'il s'abat en trombe sur nos peines. Tu as rempli notre univers d'échos. Et pendant que le monde tentait d'effacer les traces de sa magnificence, tu as laissé son babillage devenir fou, ne sachant où aller car ayant perdu sa source. Il prit refuge dans nos oreilles et de là il commença à chanter.

L'enfant chantait, mais son langage était déjà celui des Anges. Incompréhensible pour nous à cet instant. L'infini se déversait dans un fracas étourdissant au cœur de notre tout petit monde. Mais nous entendions que de l'au-delà du monde un écho nous parvenait qui résonnait dans ce monde-ci. L'écho nous racontait Toi et l'enfant.

Pourquoi une splendeur à tes propres yeux ?
Ô Maître de l'univers, parce que lorsque j'évoque son nom je perçois ton sourire de la même façon que mes yeux percevraient une échancrure de bleu vif dans un ciel de nuit et aussi parce qu'une infinitésimale partie de ta joie m'est perceptible lorsqu'en ta présence je l'évoque.

Et cette part minuscule me semble déjà être une bénédiction pour le genre humain tout entier.

Puis vinrent les songes que tu écrivis dans les profondeurs de nos yeux. Ceux-ci sculptèrent nos esprits et ce fut comme un long moment de pure magie. Ô Maître de l'univers, tu me stupéfies tellement que parfois je sens mon âme prête à se décoller de moi-même pour s'envoler vers toi.

Tu m'as tellement fasciné que la souffrance n'a pu que très rarement entrer dans mon âme, mais elle a laissé mon esprit nu afin que tes songes puissent l'habiller. Avec de la mort tu as fait de l'amour, donnant à cette essence destructrice un parfum transcendant. Mais c'est ta voie, n'est-ce pas ?