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L'enfant Katéchon.

Source: Marc 13,30


L'âme de ceux que tu combattras est légion, mais toi aussi ton âme est innombrable. Et avec l'amour du Christ pour ciment et pour eau la supplication des saints, de tout ces grains de sable tu feras une muraille. Sur toi l'ennemi ne prévaudra pas.

Élie a huit ans et il regarde les nuages. Venant du septentrion et du midi, d'orient et d'occident, ils s'accumulent étrangement en tourbillonnant lentement. Il y a déjà cinq jours que cette danse étonnante a débuté et la quantité de nuages est déjà très impressionnante. On dit qu'elle se voit d'un bout à l'autre du continent, car même en plein jour, la pénombre s'étend aussi loin que porte le regard.
L'enfant est étendu dans l'herbe tendre, il a une chaînette autour du cou à laquelle est accrochée une petite croix dorée qui repose sur son cœur. Il sait qu'il lui faudra attendre le septième jour, le jour du repos, pour que la tempête l'emmène. Il le sait, car depuis quelques jours, il a l'intuition du temps. C'est comme une route qui traverse une lumière tellement dense que le paysage autour d'elle semble assombri. Il ne voit pas très loin sur cette route ; juste quelques mètres, juste quelques heures, mais c'est mû par une force inexorable qu'il s'avance vers ce qu'il voit.
Il regarde la route traverser le temps. Petit à petit, son regard s'habitue et le paysage apparaît. Il sait que demain la tempête deviendra violente et qu'au début de la nuit une première tornade sortira de ce vaste nuage. Lorsque la nuit prendra fin, au début du septième jour, quatre autres tornades auront rejoint la première. Stables et gigantesques. Il les voit s'approcher de lui sans jamais le toucher. Il est aspiré au milieu des cinq. Il fait froid dans ce vent, mais la lumière sur le bord de la route est dense et chaude, et sa main l'effleure. Elle le nourrit d'un flux lacté de vie.

Dans quelques heures, la descente commencera. Il ne l'a jamais vue, mais il sait que la ville au-dessous est Jérusalem. Jérusalem l'impie, celle qui tue ses prophètes, mais aussi Jérusalem la sacrée, celle d'où le monde renaîtra.
Dévastant tout sur leurs passages, les cinq tornades se sont avancées dans la ville et les vivants ont reculé. Sur le mont Moriah, il ne reste déjà plus rien. Comme du temps de Titus, la colline est rasée comme un mont chauve.
Au fur et à mesure que les tornades deviennent moins violentes, l'enfant descend. Il semble tomber doucement du ciel, mais ce n'est pas le cas : en vérité il descend la route. Son pied enfin touche le sol de l'antique Sion.

Il contemple un instant la foule qui s'accumule en bas, puis son regard se retourne vers la route. Il voit que doucement la lumière qui la borde remonte vers le ciel, vers le centre du nuage. À mesure que la densité lumineuse augmente, une trouée dans le centre du nuage semble se dessiner. Et lorsque toute la lumière s'est accumulée en haut, un objet apparaît au centre du nuage.

Les gens, eux, n'ont pas vu la route. Mais ils ont perçu l'augmentation de lumière au cœur du nuage et la trouée qui s'en est suivi. Ils voient également l'objet qui lentement descend et ils le fixent avec étonnement.

C'est l'Arche.

C'est l'Arche d'Alliance qui descend du ciel. Elle s'arrête à environ cinquante centimètres du sol et flotte au-dessus.
Lentement, très lentement, le propitiatoire qui la recouvre se soulève et l'Arche s'ouvre. Les deux chérubins, à chaque extrémité, ont leurs ailes d'or repliées derrière eux. L'enfant s'avance vers l'Arche. Il enlève le pendentif qui retient sa petite croix dorée et place l'ensemble dans l'Arche, car bien que la croix ait déchiré le temple, c'est elle qui ramènera la paix.
Alors le propitiatoire se replace lentement, et tandis qu'il referme l'Arche, les deux chérubins d'or ramènent leurs ailes l'un vers l'autre.
La Présence.
Puis elle se pose sur le sol.
Il faudra plusieurs semaines pour que les gens s'aperçoivent que l'Arche s'enfonce lentement dans le sol. Et plusieurs années pour qu'elle y dissolve complètement, faisant ainsi du sol du mont Moriah le Saint des Saints et de celui de Jérusalem le troisième temple. Alors, du sommet de l'antique Sion, jaillira une source d'eau mêlée d'Esprit qui fertilisera la promesse faite à Jacob et baptisera cette terre ingrate à laquelle il a été tant donné. Les échelles reverdiront, mais seront inutiles, car ici le ciel à jamais touchera la terre.

En haut, au centre du tourbillon, la trouée de lumière dévore le nuage. Et plus il disparaît, plus la lumière, au centre, devient intense. Elle forme désormais comme une colonne de feu et de neige qui tombe sur Élie. Il ferme les yeux et se laisse emporter, mais son esprit respire dans la lumière et cette lumière est Esprit.

L'enfant est étendu dans l'herbe tendre. Il se souvient de ce qu'il a vu lorsqu'il était tout en haut. Il a vu des hommes baignés de lumière sourire lorsque l'ange de la mort passait au-dessus d'eux sans les effleurer. Il les a vus badigeonner les linteaux de leur esprit avec le sang de l'Agneau. Car n'est pas d'Égypte qu'ils sortiront cette fois-ci, mais de l'ombre de la mort.
Il a vu le ciel d'en haut comme une toile tendue sur le vaste monde, et de partout où une présence brillait au cœur des nefs, une croix glorieuse accrochait le ciel à la terre.

La nation du Christ à nouveau sera. L'humilité sera sa victoire, le partage sera sa grandeur et la Présence sera sa force. Et plus aucune pierre ne manquera aux bâtisseurs.