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Ton Soleil ne se couchera plus.

Source: Matthieu 4,13-16


Je t'attendais.
Depuis si longtemps, je t'attendais.

C'est vrai, j'ai vécu là, caché, tapi dans l'ombre. Et sale aussi. Tu n'as pas idée de ce que signifie 'vivre sale' toi que l'eau de nos baptêmes lave en permanence. Tu n'as pas idée de l'intensité de la désespérance lorsque tu sens ton âme mourir alors même que ton cœur ne s'arrête pas de battre.
Alors oui, c'est vrai: j'ai vécu dans ce lieu infect, isolé et perdu.

Existe-t-il un endroit qui puisse être dissimulé à ta vue?
Même là, dans le secret de l'ombre, au-delà de toutes lumières, tu attendais aussi.

Et sur ce que j'ai de plus sacré, je te le jure: je t'espérais. Je croyais savoir où tu étais, je croyais savoir où il fallait que j'aille pour te trouver. Mais à chaque fois que j'ai tenté de m'extraire de l'ombre, à l'instant où une infime clarté me parvenait de toi, je pouvais deviner à quel point j'étais misérable. Si sale, tellement rempli d'ombre et si froid que j'avais peur que ta lumière frissonne lorsqu'elle m'effleurerait. Même l'amour que j'éprouvais pour toi ne parvenait pas à me réchauffer. J'avais si peur de te salir qu'à chaque fois j'ai préféré rester enseveli et laisser se faner tes diamants.

J'ai pleuré si souvent et si profondément. Tu n'as pas idée à quel point j'ai pleuré.
J'ai pleuré avec une telle folie que le sel de mes larmes a brûlé mon esprit.

Alors j'ai tenté de renoncer à toi.

J'espérais qu'en renonçant à toi, tu effacerais mon nom de la surface du monde et que tu dissoudrais son histoire dans le néant. J'espérais que tu mettrais ainsi fin à la misère de ne pas te connaître. J'ai attendu longtemps, vraiment longtemps que la mort veuille bien me prendre tout, mais mon cœur ne cessait pas de battre.

Et pendant que j'essayais de renoncer à toi, toi, tu me regardais. Et je sentais ton regard, Maître de l'univers, mais je ne voyais pas tes yeux. Mon corps était comme mort, mon esprit était comme mort, mon âme était nue et pourtant il y restait l'amour de toi. Je n'ai jamais pu l'enlever de moi-même. C'était l'empreinte de ton Nom.

On m'avait dit pourtant qu'il était impossible de te connaître, que tu étais inaccessible. Qu'aucun chemin ne valait mieux qu'un autre pour aller vers toi, car c'est toi qui venais et qui ouvrais le chemin dans l'autre sens. On m'avait dit pourtant que le verbe était un murmure qui remplissait tout l'univers, tellement omniprésent qu'il était indifférencié et donc impossible à reconnaître. Le son que l'on entend lorsque tout s'est tût, dit-il quelque chose?
Que dis-tu Seigneur? Je t'entends, mais je ne comprends pas.

Pourquoi as-tu laissé ton Nom au bord de l'univers alors même que ton regard est présent dans toutes choses?
Était-il vraiment indispensable que l'on soit quelque chose plutôt que rien?
Pour apprendre à t'aimer au-delà de toute absence?
Fallait-il que tu sois si loin pour que ton pain apaise ma faim de toi?

Et puis un jour, une route s'est ouverte. Tu as souhaité quelque chose et l'univers a été fendu comme un bois sec au soleil. Une route était tracée. Une route étrange: son point de départ et son point d'arrivée étaient identiques et rien entre les deux qu'un infini sans bornes, mais c'était une route. Une route sans voyage.
Tu étais le début et la fin. Et l'infini entre les deux. Et moi, rien qu'une attente, rien qu'une faim. Juste un cri ne parvenant pas à s'épuiser, un cri muré dans ton silence.

Je ne sais rien de toi, mais je sais que tu regardes l'alchimie de mon âme lorsque la soif la transporte au-delà d'elle-même.
Une seule de tes larmes suffirait à baptiser tout l'univers et pourtant seule la soif enfante l'amour.

Longtemps j'ai regardé ce bout de bois sec. Longtemps j'ai regardé cet univers fendu, ce chemin sans parcourt, sans étapes, sans distance. Et bien sûr, rien n'est venu.

Rien n'est venu, mais l'amour m'est resté.
Et toi, pendant tout ce temps, tu étais à mes côtés, à regarder et à cultiver cet amour. Tu le regardais comme s'il était ton enfant, ta création, ta joie. Et moi je ne me rendais même pas compte que ton regard le faisait grandir.

Un jour viendra où il prendra toute la place. Ce jour-là, je disparaîtrai, il n'y aura plus que cet amour, fruit de ta passion.

Alors oui: à partir de ce jour-là, mon soleil ne se couchera plus, car tu seras mon unique lumière.